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Communautés étrangères de Suisse

LES MALGACHES


les Malgaches Communauté Leur apport
Leur perception Manger à leur sauce Portrait
Où vont-ils ? D'où viennent-ils ?
SÉRIE : communautés étrangères

Les Malgaches: Un petit groupe très solidaire

Photo F. Cella La communauté de Madagascar est la moins nombreuse de notre tour planétaire. La plupart des Malgaches résidant dans le canton suivent ou ont suivi une formation supérieure, à l'EPFL essentiellement. Discrets, presque effacés, ils disent aimer la mentalité de notre pays. Pour ceux qui étudient, les compatriotes arrivés avant eux deviennent une véritable seconde famille. Et l'esprit d'ouverture du milieu académique favorise leur intégration. Diplôme d'ingénieur en poche, une majorité décide de rester et de décrocher un permis de travail.

En chiffres

Selon les chiffres 1999 du service cantonal de recherche et d'information statistique (SCRIS), il y aurait 99 ressortissants Malgaches établis dans le canton de Vaud, dont 31 à Lausanne. Un chiffre qui ne comprend pas les double nationaux. La majorité est des étudiants au bénéfice d'un permis de séjour annuel renouvelable.

Dans l'histoire:
1885: protectorat français sur Madagascar.
1947: insurrection nationaliste et sanglante répression du Gouvernement français.
1958: proclamation de la République de Madagascar.
1960: Madagascar accède à l'indépendance.
1972: révolution socialiste et prise de pouvoir par les militaires.
1991: soulèvement populaire.
1992: proclamation de la 3e République.

Dans le dictionnaire:
Le nom de Madagascar résulterait d'une erreur de Marco Polo qui, au XIIIe siècle, aurait confondu la Grande Ile avec le port somalien de Mogadiscio, plus au nord.


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    JEUNES: ÉTUDIER AVANT TOUT

    Devenir adulte en exil

    Les ressortissants de Madagascar s'épaulent les uns les autres. La plupart fréquentent les hautes écoles et suivent naturellement les traces de leurs aînés.

    PIERRE LÉDERREY (TEXTES) FLORIAN CELLA (PHOTOS)

    "Fihavanana." Pas de mot français pour traduire cette notion chère au cœur des Malgaches. Un lien qui unit les membres d'une même famille et, au-delà, d'une même communauté. "Ce n'est pas de la défiance ou une volonté de nous refermer sur nous-mêmes: le Malgache ne se méfie pas des autres. C'est juste le sentiment profondément inscrit en nous qu'il ne faut pas s'isoler, que nous sommes tous frères." A Madagascar, une vie digne passe par l'intégration dans une communauté humaine, comme dans le cosmos. Ce désir de vivre ensemble se retrouve sur les terres d'exil.

    Photo F. CellaCette solidarité doit malheureusement souvent se tourner vers l'extérieur. Les cyclones qui ravagent la Grande Ile et la situation économique difficile donnent l'occasion de récoltes de fonds en Suisse. Plus importante à Genève, la communauté de Madagascar est lilliputienne dans le canton de Vaud. Vue de là-bas, l'Europe ce n'est pas la Suisse mais bien la France où leur présence est importante. La longue période de colonisation n'explique pas tout. "Venir en Suisse n'est pas donné à tout le monde, note un jeune. Il faut de l'argent, donner des garanties, affronter de longues démarches, sans compter le billet d'avion qui coûte cher."

    Il y a les histoires d'amour, les mariages avec un Suisse ou une Suissesse. Et puis les études. Avo Rasolondraibe a tout juste vingt ans. Comme beaucoup de compatriotes, il est ici pour suivre une formation supérieure. A l'Ecole polytechnique fédérale (EPFL) précisément, où le jeune Malgache vient de terminer sa première année d'informatique. Son arrivée en Suisse a été plutôt mouvementée. Avo n'a pas profité, comme quelques générations de jeunes Malgaches avant lui, d'une bourse pour s'envoler loin de chez lui. "En 1998, je suis venu pour le mariage de ma sœur avec un visa touristique. J'étais déjà inscrit à l'EPFL, mais j'ai rencontré des problèmes pour obtenir mon visa de séjour."

    Renvoyé à Madagascar, il reviendra en mars de l'année dernière. Comme lui, les jeunes étudiants malgaches avouent se sentir à l'aise dans le canton. Beaucoup louent un studio ou un petit appartement avec un compatriote. Et les contacts avec ceux qui vivent ici depuis plusieurs années se nouent très rapidement. Absorbé par ses études, le Malgache évolue essentiellement au sein du milieu académique, multiculturel par essence.

    Pour ces jeunes, soudain éloignés de leur foyer, la communauté devient une seconde famille. Le soutien, le conseil des plus anciens qui ont suivi le même parcours constituent une aide précieuse. Leur présence facilite une entrée dans une vie adulte qui demande un apprentissage d'autant plus dur qu'il est vécu dans un environnement étranger. D'autant que la grande majorité de ces jeunes étudiants doit dénicher des petits jobs pour subsister.

    La petite communauté malgache ignore les frontières cantonales. Un grand rendez-vous, comme la fête nationale du 26 juin, rassemble des compatriotes de toute la Suisse romande, mais aussi de France voisine. Noël, Pâques, Pentecôte: les autres festivités suivent le calendrier chrétien. Chaque premier dimanche du mois, un culte se déroule en alternance à Ecublens et à Genève. Le Malgache est profondément religieux, "presque mystique" aux dires de certains. Ici comme là-bas, l'Eglise joue donc un double rôle fondamental de lien social et d'élévation de l'âme. "Cette recherche jamais assouvie de la spiritualité pourrait définir notre peuple, composé par ailleurs de dix-huit ethnies ayant une langue de base commune", souligne Lalao Randimbison qui travaille au département d'épidémiologie sur le cancer du sein de l'Institut lausannois de médecine sociale et préventive.

    Le mathématicien est arrivé dans notre pays à 19 ans, en 1968. "Le premier plat que j'ai mangé était une pizza. Je croyais qu'il s'agissait d'un plat traditionnel suisse. Un camarade arrivé en même temps n'a pas touché son assiette", sourit-il. Aujourd'hui, il avoue se régaler de fondues. "Le Malgache adapte très bien ses habitudes culinaires. Tant qu'il peut manger du riz cuit à l'eau. Cet atavisme-là, on ne s'en sépare jamais." Il y a trente ans, lui aussi à l'EPFL, Lalao Randimbison fondait l'association sportive malgache. A l'époque, le football se trouvait à l'honneur. "Je me souviens de notre premier match. Nous avons encaissé trois buts durant les quinze premières minutes. Avant de gagner quatre à trois. Le premier goal marqué par des Malgaches en Suisse romande ne peut s'oublier. C'était la fête."

    Marié à une Suissesse, Lalao Randimbison se sent chez lui ici comme là-bas. Le Malgache possède ce qui s'appelle une philosophie de vie. "Une espérance qui nous vient sans doute de l'époque où notre pays était une sorte de paradis. Quand j'étais gosse, je me souviens que les haricots poussaient en deux jours autour de la maison."

    Discrets, peu enclins à l'emphase verbale (sauf lors des cérémonies traditionnelles!), les Malgaches ont quelque chose de nous. Moramora. Le pays du lentement, lentement. L'expression n'évoque pourtant pas la Suisse. Mais bien Madagascar. Un Malgache ne vous l'avouera pas forcément. Mais chez lui, la difficulté d'être à l'heure dépasse souvent le quart d'heure vaudois.


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    Où vont-ils ? D'où viennent-ils ?

    Leur apport

    QUALITÉS INTELLECTUELLES : Les Malgaches diplômés occupent des postes à responsabilité. Les jeunes étudiants fournissent une main-d'œuvre dure à la tâche.

    La communauté de Madagascar passe souvent totalement inaperçue. A Lausanne comme ailleurs dans le canton, pas de restaurant proposant de buffet "malagasy", pas d'enseigne avec pignon sur rue, aucune grande fête courue des noctambules à l'image des soirées antillaises ou africaines. Question de culture, mais aussi de nombre: forte d'une centaine de membres officiellement recensés (mais sans les doubles nationaux), la communauté malgache s'avère la plus petite de notre tour d'horizon planétaire.

    Photo F. CellaCeux qui choisissent l'exil sont animés d'une farouche volonté d'étudier. En Suisse comme en France, leur communauté comporte un nombre très faible de personnes sous-qualifiées. Durant de nombreuses années, la Confédération organisait un concours dans la capitale Antananarivo (l'ancienne Tananarive de la période de colonisation française) qui permettait aux meilleurs bacheliers de s'inscrire dans une haute école helvétique. Puis la révolution socialiste (en 1972) est passée par là. L'enseignement s'est "malgachisé" et longtemps seuls celles et ceux fréquentant de rares écoles offrant des cours dans la langue de Molière ont eu accès aux académies de France ou de Suisse romande. Depuis peu, le français fait cependant son retour dans les classes.

    Depuis trente ans, l'association sportive malgache joue un double rôle. Permettre aux jeunes Malgaches de se retrouver pour pratiquer du football ou, aujourd'hui, du volley. Mais surtout, à travers des rencontres avec d'autres équipes, favoriser une harmonieuse intégration. Une même volonté a motivé la création de "Valihan' i Jehovah". Essentiellement composée de jeunes, cette chorale malgache conserve les liens avec la tradition à travers les costumes, chants et danses de la Grande Ile. Souvent invitée dans des églises genevoises, elle joue plus rarement dans le canton.

    P. L.


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    Leur perception

    REGARDS: "La Suisse ressemble à un paradis."

    "De toute façon, du point de vue de Madagascar, la Suisse ressemble à un paradis." Discrétion? Volonté de ne pas dénigrer ou remarquable faculté d'adaptation?

    Les jeunes Malgaches portent un regard des plus bienveillants sur la Suisse. Manitra Andriaharifara /Photo F. CellaLes conditions d'études leur paraissent proches de la perfection en regard de la situation de leur pays. Là-bas, soulignent-ils, il y a tellement d'étudiants pour si peu de places dans la course aux diplômes qu'il faut vraiment faire preuve d'une volonté sans faille.

    A 30 ans, Manitra Andriaharifara vit ici depuis bientôt dix ans. "Je resterai si je décroche un bon travail maintenant que j'ai terminé l'EPFL. Avec les jeunes, les liens se tissent facilement. Le contact avec les personnes plus âgées est plus difficile. J'ai parfois l'impression qu'ils n'ont que la loi en tête." Eva Randrianasolo /Photo F. CellaLe jeune homme sourit en se rappelant la remarque de cette vieille dame qui lui reprochait de ne pas avoir gardé sa droite... en marchant sur le trottoir.

    De huit ans sa cadette, Eva Randrianasolo n'a que peu de contact avec le monde des "adultes". Elle a quitté Antananarivo voilà deux ans. "Dans le bus, certains aiment dire qu'ils sont des purs Suisses. Avo Rasolondraibe/ Photo F. CellaOn entend parfois de drôles de réflexions. C'est plus facile avec les gens de notre génération." La jeune étudiante habite Lausanne et suit une école de tourisme à Genève. Un travail de saisie dans une assurance l'aide à payer son loyer.

    Pour Avo Rasolondraibe, "il y a parfois une certaine méfiance à mon égard. Mais c'est assez normal. Lorsqu'on manifeste la volonté de s'ouvrir aux autres, il n'y a en général pas de problème. Je sens les Suisses plutôt gentils, j'ai l'impression qu'ils rendent ce qu'on leur donne. Peut-être sont-ils un peu carrés. Il ne faut pas longtemps pour sentir ici l'importance de respecter les règles".

    P. L.


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    Manger à leur sauce

    RECETTE: Le Romazava, plat national.

    Photo Ch. Blaser Le riz, le riz, le riz. Sous la forme d'un simple bol ou en accompagnement, le Malgache en est le plus gros consommateur de la planète. Quel que soit le plat principal, le riz en est l'inévitable accompagnement. Deux grands classiques dans la gastronomie malgache. Le Ravitoto est une sorte de ragoût préparé à base de feuilles de manioc pilées et de morceaux de viande de porc grasse. Le Romazava fait figure de plat national. Il se prépare avec des brèdes (feuilles vertes d'un légume ou d'une plante verte, sauvage en l'occurrence) et des morceaux de viande longuement mijotés dans un bouillon parfumé. Ce plat existe en de nombreuses variantes, selon les régions.

    LE ROMAZAVA

    Pour 4 personnes

    Ingrédients
    1 kg de viande de bœuf assez grasse (genre pot-au-feu)
    1 paquet de brèdes (feuilles vertes) Mafane
    1 oignon
    6 gousses d'ail
    50 g de gingembre frais
    4 tomates bien mûres

    Préparation

    • Mettre dans une cocotte la viande coupée en gros morceaux, l'oignon émincé, l'ail pilé, le sel, les tomates finement coupées et le gingembre en lamelles.
    • Couvrir de 3/4 de litre d'eau et faire cuire durant 45 minutes.
    • A l'évaporation totale de l'eau, laisser roussir la viande qui doit mijoter dans la sauce tomate.
    • Ajouter les brèdes et mélanger.
    • Mouiller de trois verres d'eau.
    • Couvrir et cuire à feu doux durant 30 minutes.
    Variantes: le bœuf peut être remplacé par du poulet ou du poisson. On peut utiliser des feuilles d'épinards comme le font souvent les Malgaches ici, mais c'est le Mafane qui donne au plat sa saveur piquante.

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    Un regard serein

    PORTRAIT: Alex Randriamiharisoa vit dans le canton depuis vingt-sept ans. Sans se retourner.

    "Celui qui crée le bonheur." Comme tout nom malgache, celui d'Alex Randriamiharisoa possède sa signification. La sienne est plutôt de bon augure. A 46 ans, ce chef de projet en informatique auprès de l'Institut universitaire de médecine sociale et préventive pose un regard apaisé sur la vie.

    Alex Randriamiharisoa / Photo F. CellaEn 1973 il décroche, en même temps que quatre autres jeunes, une bourse octroyée par la Confédération helvétique. Inscription à l'EPFL, Département de mathématiques. A l'époque, une trentaine de compatriotes fréquentent déjà la haute école. "Absorbé par mes études, je n'ai pas ressenti de nostalgie. Je voulais réussir, décrocher ce diplôme. Il m'était impensable que ma venue en Suisse se solde par un échec."

    Ingénieur en 1979, Alex Randriamiharisoa rencontre sa femme neuf ans plus tard. Comme lui, elle s'est exilée pour continuer ses études. De lettres, en l'occurrence. Leur fille a l'âge de leurs premiers émois. Elle s'appelle Tina, "comprend notre langue, mais répond en français". Avec sa maman, elle a visité Madagascar il y a deux ans. Son papa, lui, n'a pas foulé le sol de la Grande Ile depuis une décennie. "Je me sens appartenir aux deux cultures. Je vis ici depuis vingt-sept ans, soit plus de la moitié de mon existence. Et là-bas, mes parents sont décédés. Je reste Malgache. Mais j'ai demandé la nationalité suisse il y a trois ans. Je crois que c'est important pour ma famille."

    Il ne repartira pas. Sauf si ses moyens financiers ne lui permettent plus de rester. "Ma fille? Elle choisira." Ces rapports avec la communauté? Ils passent avant tout par l'Eglise chrétienne malgache. Affable, réservé, Alex Randriamiharisoa apprécie l'amabilité et ce sens de l'ordre qui caractérise les Suisses. "C'est sans doute idiot. Mais je suis choqué quand quelqu'un fume dans un bus."

    P. L.


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    Où vont-ils?

    LIEUX DE RENCONTRE: Surtout à la paroisse d'Ecublens.

    A Lausanne comme dans le canton, et contrairement à Genève, on ne trouve ni restaurant, ni magasin malgache. En fait, le seul lieu public de rencontre sur territoire vaudois est la paroisse d'Ecublens. Mais les jeunes Malgaches sont comme leurs camarades helvétiques: ils ne dédaignent pas une visite groupée au...Mac Donald's.

    À LAUSANNE

    • Paroisse d'Ecublens, place du Motty 1, 1024 Ecublens: le culte malgache a lieu chaque premier dimanche du mois, en alternance avec la paroisse de Servette à Genève. D'ici la fin de l'année, cela donne le calendrier suivant: 3 septembre, 5 novembre, 25 décembre.
    • L'Association sportive malgache est devenue le Volley Club malgache. Adresse de son président: Dino Rakotoarijaonina, chemin du Bochet 8b, 1196 Gland.
    • L'Association Solidarité Madagascar-Suisse est basée à Genève. Mais il existe une case postale à Lausanne: Solidarité Madagascar- Suisse, Case postale 1394, 1000 Lausanne 1.

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    D'où viennent-ils?

    Infographie L'île de Madagascar est située dans l'océan Indien, au sud de l'Equateur. Elle est séparée de 400 km des côtes est-africaines par le canal du Mozambique. La superficie de 587 000 km2, soit l'équivalent de la Belgique et de la France réunies. Les 17 millions d'habitants sont répartis en 18 groupes ethniques. C'est une population jeune: près d'un Malgache sur deux a moins de 15 ans.


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