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Relation entre les aliments et l'homme

Conférence donnée par Rudolf Steiner
le 31 juillet 1924 à Dornach, Suisse

Bonjour Messieurs! Quelqu'un d'entre vous a-t-il préparé une question pendant cette longue interruption?

Question: J'aimerais poser une question sur les aliments : haricots, carottes, etc., quelle influence ont-ils sur le corps ? Certes, le Docteur a déjà parlé des pommes de terre. Peut-il encore dire quelque chose sur d'autres aliments ? Beaucoup de végétariens ne mangent pas de légumes qui pendent, comme haricots, petits pois entre autres. Quand on voit un champ de blé, il vous vient toutes sortes d'idées sur les céréales qui existent chez tous les peuples de la Terre, très probablement avec des variantes.

On désire que je parle maintenant des rapports entre l'homme et les aliments dont il se nourrit. Bien, mais pour cela il faut d'abord savoir ce qu'on entend exactement par se nourrir. On commence par se représenter que se nourrir, c'est absorber des aliments qui passent par la bouche pour aller dans l'estomac, qui se déposent ensuite ailleurs dans le corps, lequel les restitue, puis il faut recommencer à se nourrir et ainsi de suite. Mais ce n'est pas aussi simple que cela, les choses sont beaucoup plus compliquées. Et quand on veut comprendre comment l'homme se situe effectivement par rapport à ce qu'il mange, il faut d'abord, bien évidemment savoir à quoi s'en tenir sur les types d'aliments qui sont absolument nécessaires à l'homme.

Voyez-vous, ce dont l'homme a besoin en premier lieu, et dont il ne peut pas se passer, ce sont les protéines. Les protéines sont donc de première nécessité pour l'homme. écrivons ceci au tableau, afin d'avoir une vue d'ensemble. L'albumine donc, telle qu'elle se trouve par exemple dans l'œuf de poule; mais pas seulement dans l'œuf de poule, tous les aliments en contiennent. Les protéines sont indispensables à l'homme. Ensuite, l'homme a besoin de graisses. Là encore, tous les aliments contiennent des graisses. Il y en a aussi dans les plantes. En troisième lieu, une substance dont le nom vous sera moins familier, mais qu'il faudrait absolument connaître : les hydrates de carbone. Les hydrates de carbone sont des substances contenues par exemple, dans la pomme de terre, quoiqu'on les trouve également en grande abondance dans toutes les autres plantes. Les hydrates de carbone ont la propriété, lorsqu'on les consomme, de se transformer lentement en amidon dans la bouche grâce à la salive, dans l'estomac grâce au suc gastrique. L'amidon est quelque chose dont l'homme ne peut se passer ; mais il ne mange pas d'amidon, il consomme des aliments riches en hydrates de carbone, lesquels se transforment en amidon à l'intérieur de son corps. Et plus tard, au stade suivant de la digestion, ils se transforment encore une fois en sucre ; le sucre, qui est nécessaire à l'homme. Il a donc avec les hydrates de carbone son contenu de sucre.

Mais l'homme a encore besoin d'autre chose ce sont les sels, qu'il consomme en partie sous forme de condiment, mais en partie aussi dans les aliments, qui en contiennent à l'état naturel.

S'agissant de protéines, il ne faut pas perdre de vue la grande différence qui sépare l'animal et l'homme des plantes. Les plantes elles aussi contiennent des protéines, mais elles n'en consomment pas. Mais si les plantes ont en elles des protéines, d'où leur viennent-elles? Elles leur viennent du sol, de l'air, de l'inanimé, du minéral. Car elles peuvent puiser dans l'inanimé, dans le minéral, de quoi constituer leur teneur en protéines. Ni l'homme ni l'animal ne peuvent en faire autant. L'homme ne peut tirer ses protéines de l'inanimé - sinon il ne pourrait être que plante - il faut qu'il absorbe les protéines telles que les ont déjà préparées les plantes ou les animaux.

En tout état de cause, l'homme a besoin des plantes pour vivre sur terre. Et les plantes - c'est là que cela devient intéressant - ne pourraient, quant à elles survivre si de son côté l'homme n'était pas là! Et l'intéressant, Messieurs, pour peu que vous considériez bien les choses, c'est que les deux substances de toute première importance pour la vie sont : d'un côté la sève dans le vert des feuilles, de l'autre le sang. Ce vert de la sève, on l'appelle chlorophylle, c'est le vert de la feuille; la chlorophylle est donc contenue dans la feuille verte. Et l'autre élément important, c'est le sang. Jugez vous-mêmes combien la chose est singulière : que fait l'homme avant tout ? Vous le voyez, il respire - la respiration est aussi une façon de s'alimenter- l'homme prend dans l'air de l'oxygène, il inspire de l'oxygène. Mais partout, dans tout son corps, il y a dépôt de carbone. Lorsque vous descendez sous la terre, là où se trouve un gisement de charbon, vous arrivez sur le charbon noir ; lorsque vous taillez un crayon, vous trouvez le graphite. Le charbon, le graphite, c'est du carbone. Tous, vous êtes faits, entre autres substances, pour tout le corps, de carbone ; le carbone fait partie intégrante du corps humain.

Vous allez sans doute dire : alors, pour ce qui est du carbone, l'homme a vraiment tout du petit moricaud ! Mais il y a encore autre chose que vous pouvez dire : voyez-vous le corps le plus cher du monde, le diamant, lui aussi se compose de carbone, il n'y a que la forme qui diffère ! Donc, si vous préférez, vous pouvez aussi dire ; pour ce qui est du carbone, vous êtes faits de diamant pur. Le carbone foncé, le graphite du crayon et le diamant sont une seule et même matière. Quand on peut, à l'aide de quelque technique, rendre transparent le charbon que vous avez extrait de la terre, il devient diamant. Ces diamants sont donc déposés partout dans notre corps. Nous sommes un vrai gisement de charbon. Mais quand l'oxygène véhiculé par le sang vient à rencontrer le carbone, il se forme du gaz carbonique. Le gaz carbonique, vous savez également très bien ce que c'est; il vous suffit de prendre de l'eau de Seltz; elle contient des bulles, ces bulles sont de l'acide carbonique, autrement dit un gaz. Vous avez donc l'image suivante: l'homme inspire l'oxygène de l'air, l'oxygène se répand par le canal du sang, dans le sang il se charge de carbone, il rejette le gaz carbonique. Vous inspirez de l'oxygène, vous expirez du gaz carbonique.

Plante

Messieurs, au cours ds processus du développement de la Terre, que je vous ai décrits par ailleurs, depuis que le monde est monde, tout serait déjà empoisonné par le gaz carbonique qu'émettent les hommes et les animaux. Car ce n'est pas d'aujourd'hui que l'évolution suit son cours sur la terre. Depuis longtemps ni hommes ni bêtes ne pourraient plus vivre sur terre si les pantes n'avaient une autre qualité que les hommes, toute différente: les plantes n'aspirent pas l'oxygène, mais bien le gaz carbonique que rejettent l'homme et l'animal. Car les plantes sont tout aussi avides de gaz carbonique que l'homme d'oxygène.

La plante que vous avez là (voir dessin ci-dessus), racines, tiges, feuille, fleurs, aspire ainsi par tous ces constituants du gaz carbonique. Le carbonne présent dans le gaz carbonique se dépose dans la plante et l'oxygène est exhalé, ce qui permet aux hommes et aux animaux de le récupérer. L'homme rejette du gaz carbonique et sème la mort; la plante recueille le gaz carbonique, libère l'oxygène et sème la vie. La plante ne pourrait rien faire du gaz carbonique si la sève végétale verte, la chlorophylle, n'était pas là. Cette sève végétale verte, Messieurs, est une magicienne, elle retient le carbone dans la plante et en libère l'oxygène. Le sang combine l'oxygène au carbonne; la sève verte, de son côté, isole le carbonne du gaz carbonique et libère l'oxygène.

Rendez-vous compte du bienfait que cela représente dans la nature que, plantes, animaux et hommes se complètent ainsi. Tous trois sont totalement complémentaires.

Maintenant, il faut dire ceci. Voyez-vous, l'homme n'utilise pas seulement ce que lui donne la plante par le biais de l'oxygène, il utilise la plante tout entière. A l'exception des plantes vénéneuses et de celles qui contiennent peu de ces substances, l'homme utilise toutes les plantes dans la mesure où, au lieu de les respirer, il les mange. Et nous voici une fois de plus en présence d'une relation remarquable en son genre. Voyez-vous, la plante d'un an - mous ne nous occuperont pas ici de l'arbre, du feuillage et de la fleur avec le fruit. Bon, considérons un peu la racine. La racine est, pour sa part, sous la terre, c'est clair; elle contient notamment beaucoup de sels, parce que la terre en contient beaucoup. Et la racine s'accroche à cette terre par ses radicelles; par là, elle ne cesse de tirer les sels de la terre. C'est donc bien la racine qui a un lien particulier avec le règne minéral du globe terrestre, avec les sels.

Maintenant Messieurs, suivez-moi: la tête humaine a des affinités avec la Terre dans son ensemble, je dis bien la tête et non pas les pieds. Quand l'homme fait ses débuts de terrien dans le sein de sa mère, il est d'abord uniquement ou presque, tête. La tête c'est par là qu'il commence. La tête est une copie de l'univers tout entier, mais aussi de la Terre. Et la tête a besoin avant tout de sels. Car c'est de la tête que partent les forces qui, entre autres, mettent en place les os dans le corps humain. Tout ce qui fait de l'homme un êtresolide dépend de la façon dont se forme la tête. Lorsque la tête elle-même est encore molle, comme dans le sein maternel, elle ne peut pas former d'os normalement. En durcissant, elle-même de plus en plus, la tête abdique ses forces au profit du corps afin que l'homme et l'animal puissent élaborer leurs parties solides, au premier rang desquelles les os. Ce qui vous montre bien que la racine, qui est apparentée à la terre et qui contient des sels - et pour former les os on a besoin de sels, les os sont faits de carbonate de calcium, et de phospate de calcium qui sont des sels - que la racine donc est nécessaire pour approvisionner la tête.

Alors, Messieurs, quand on constate par exemple, qu'un enfant n'a plus toute sa tête, à quoi peut-on s'en apercevoir? On peut souvent s'en apercevoir à certains états : quand un enfant commence à être faible de la tête, il attrape facilement des vers intestinaux. Il n'y a pas de meilleur exemple pour montrer l'admirable économie du corps humain. Tout y est solidaire. Et un enfant qui a des vers, qu'on se le dise, est un enfant faible de la tête ; on peut dite aussi - il faut que le futur pédagogue notamment sache cela - que quand on a affaire plus tard à des hommes faibles de la tête, c'est qu'ils ont eu des vers étant jeunes. Alors, que faut-il faire en présence d'une telle constatation ? Eh bien, Messieurs ! le plus simple est de nourrir quelque temps les enfants de carottes, entre autres; bien sûr, il n'est pas recommandé de leur donner exclusivement des carottes, mais de le faire un certain temps. Car l'essentiel de la carotte, c'est la racine souterraine. Elle contient beaucoup de sels, elle est en mesure, chargée qu'elle est des forces de la Terre, quand elle arrive dans l'estomac, d'agir sur la tête par l'intermédiaire du sang. Seules les substances riches en sels sont capables de pénétrer dans la tête. Les substances riches en sels, les substances des racines, fortifient l'homme par l'intermédiaire de la tête. Voyez-vous, voilà qui est d'une importance énorme. Et les carottes ont justement la propriété de fortifier les parties du sommet de la tête, c'est-à-dire celles dont l'homme a justement besoin pour acquérir force et tonus intérieurs, pour ne pas se ramollir.

Voyez-vous, l'observation d'un plant de carotte vous fera dire : je vois à cette plante une caractéristique, elle s'est développée surtout par la racine. C'est vrai que dans la carotte tout est quasiment racine. On ne s'intéresse qu'à sa racine. Le reste, les fanes, c'est en plus, sans grande importance. La carotte est donc l'aliment tout désigné pour être administré à la tête humaine. Par conséquent, s'il vous arrive parfois de ressentir que vous avez comme un vide dans la tête, que vous avez du mal à penser, cela vous fera du bien d'ajouter pendant quelque temps des carottes à votre alimentation. Mais bien sûr, c'est surtout une aide pour les enfants.

Mais si vous comparez maintenant la pomme de terre à la carotte, vous voyez qu'elle a une toute autre allure que la carotte. Vous savez bien que la pomme de terre a de la verdure, mais elle a surtout ce qu'on mange, les tubercules ; ceux-ci sont cachés dans la terre. Alors, on peut dire, à n'observer que la surface des choses, que dans la pomme de terre, les racines ce sont les tubercules. Mais ce n'est pas vrai; ces tubercules ne sont pas des racines. En effet, à y regarder de plus près, vous verrez que les vraies racines sont rattachées aux tubercules, sous terre. Les véritables racines sont de menues radicelles qui pendent aux tubercules ; elles se détachent sans aucun mal. Quand on arrache les pommes de terre, elles sont déjà tombées ; mais quand on arrache les pommes de terre encore jeunettes, elles sont encore là un peu partout. Lorsque nous prenons les tubercules pour les manger, c'est à une sorte de tige feuillue que nous avons affaire, elle n'est qu'en apparence racine; il s'agit à vrai dire d'une tige, d'une tige feuillue; ce sont des feuilles transformées. Donc, c'est quelque chose qui est entre la racine et la feuille. C'est pourquoi la pomme de terre ne contient pas autant de sels que la carotte par exemple, pourquoi elle est moins liée à la terre ; certes, elle pousse sous la terre, mais elle a moins d'affinités avec l'élément terre. Et ce que possède surtout la pomme de terre, ce sont des hydrates de carbone, mais peu de sels. Et maintenant, voici ce qu'il vous faut dire : quand je mange des carottes, mon corps peut vraiment se permettre d'être paresseux car pour ramollir la carotte il n'a besoin que de la salive. Il a besoin ensuite de n'utiliser que le suc gastrique, la pepsine, etc., et tout ce que la carotte contient d'important passe dans la tête. L'homme a besoin des sels. Il est ravitaillé en sels par tout ce qui est racine végétale et surtout par une racine telle que la carotte.

Mais quand l'homme mange des pommes de terre, il commence par les mettre dans sa bouche, dans son estomac, où le corps doit d'abord peiner pour en faire de l'amidon. Pour qu'au stade suivant de la digestion cela puisse passer dans le sang et parvenir aussi à la tête, un nouvel effort est requis afin de transformer l'amidon en sucre. Alors seulement s'ouvre le passage vers la tête. Et pour cela il faut y mettre assez de force. Oui voyez-vous Messieurs quand je dois exercer une force sur un objet extérieur, je m'affaiblis. Tel est le mystère de l'homme: quand je fends du bois, en d'autres termes quand je me dépense sur un objet extérieur, je m'affaiblis. Mais quand je réunis en moi l'énergie nécessaire à transformer des hydrates de carbone en amidon et de l'amidon en sucre, je me fortifie. C'est précisément en faisant en sorte de me pourvoir moi-même en sucre en mangeant des pommes de terre que je me fortifie. Quand je dépense de la force extérieurement, je m'affaiblis; quand je dépense de la force intérieurement, je me fortifie. Par conséquent, la question n'est pas de se remplir de nourriture, sans plus, mais de donner des forces à notre corps en consommant nos aliments.

De sorte qu'on peut dire qu'en se nourrissant de racines - car il est dans la nature de toute racine quoique pas dans la même mesure que la racine de carotte, d'agir d'abord sur la tête - on donne au corps ce dont il a besoin. Le simple fait de pencher quelque peu vers une nourriture à base de feuilles d'hydrates de carbone, donne au corps les force dont il a besoin pour travailler, pour se mouvoir

Bon, j'ai déjà parlé de la pomme de terre; elle affaiblit derechef l'homme et, en même temps, parce qu'elle occasionne une formidable dépense d'énergie elle finit à long terme par le priver de forces. Cependant, le principe dont je viens de vous expliquer le fonctionnement est également valable pour la pomme de terre

Mais dans la même mesure que la pomme de terre est un aliment péjorativement, toutes les céréales, froment, seigle etc., le sont au bon sens du terme. Elles contiennent, elles aussi, des hydrates de carbone et, qui plus est, elles permettent à l'homme d'élaborer amidon et sucre dans les meilleures conditions, autrement dit de puiser effectivement toutes les forces possibles dans leurs hydrates de carbone. Comme sont vigoureux les gens de la campagne du simple fait qu'ils consomment beaucoup de pain qu'ils font eux-mêmes et qui est à base de céréales. Une seule condition à cela: avoir un corps sain ; car il n'y a pas de meilleure nourriture que le pain le plus grossier, lorsqu'on le supporte. Il faut avoir un corps en bonne santé; mais si c'est le cas, l'élaboration de l'amidon et du sucre constitue un apport de force tout à fait particulier.

Une question surgit alors : voyez-vous, les hommes en sont arrivés tout seuls, au cours de leur évolution, à ne pas manger les céréales comme les animaux. Le cheval mange son avoine telle qu'elle pousse ou à peu près. Les animaux mangent leurs graines telles qu'elles poussent. Car les oiseaux se verraient bien en peine de manger leurs graines si on leur disait d'attendre que quelqu'un les leur cuise! Les hommes ont trouvé tout seuls que les céréales se cuisent. Messieurs, que se passe-t-il du fait que je fais cuire les céréales ? De ce fait, je les consomme chaudes et non froides. Or pour transformer intérieurement notre nourriture, il nous faut de la chaleur. Sans chaleur, Messieurs, on ne transforme pas les hydrates de carbone en amidon, ni l'amidon en sucre. Il faudrait pour ce faire un chauffage interne. Alors, si déjà je chauffe à l'extérieur et rends chauds les aliments, je viens en aide au corps qui dès lors n'a pas besoin de fournir lui-même la chaleur. Donc, les aliments sont déjà impliqués dans le processus feu et chaleur du fait qu'on les fait cuire. C'est une première chose. Et voici la seconde: c'est que les aliments changent du tout au tout! C'est tout simple, pensez à ce que devient la farine quand je la passe au four pour en faire du pain. Elle devient tout autre ! Mais qu'est-ce qui la change? Je commence par moudre le grain. Qu'est-ce que moudre? C'est réduire en toutes petites particules. Oui, voyez-vous, ce que je fais là avec les céréales en les passant au moulin, en les pulvérisant, il faudrait que je le fasse sans cela dans mon propre corps ; en faisant ce que je fais, je soulage le corps. Même chose quand je les fais griller. Tout ce que je fais au chapitre culinaire, j'en exempte le corps, si bien que je réduis ainsi les aliments à un état où le corps a moins de peine à les digérer.

Il vous suffit, n'est-ce pas, de faire la différence et de comparer la pomme de terre qu'on mange cuite à celle qu'on mangerait crue. Si l'homme mangeait des pommes de terre crues, il faudrait que l'estomac produise une chaleur extrême pour transformer cette pomme de terre crue qui est déjà presque de l'amidon. Tout n'est pas encore dit quand il la transforme à ce stade. La pomme de terre passe ensuite dans l'intestin. Il faut qu'à son tour l'intestin dépense beaucoup de force. Cela fait que la pomme de terre stagne en définitive dans l'intestin ; les forces interviennant plus tard ne suffisent pas a achem1ner la pomme de terre plus loin dans le reste du corps. Donc, si l'on mange des pommes de terre crues, on ne fait que se remplir l'estomac, l'intestin n'est déjà plus capable de poursuivre le transit et tout s'arrête là. Mais si on accommode la pomme de terre, soit en la faisant cuire soit en la préparant de quelque autre manière, l'estomac n'a plus autant à participer, l'intestin non plus ; les pommes de terre passent dans le sang et vont jusqu'à la tête.

Vous voyez donc qu'en cuisant les aliments, particulièrement les aliments qui sont riches en hydrates de carbone, on a la possibilité d'aider le transit alimentaire.

Vous n'êtes pas sans savoir que ces derniers temps, on a vu apparaître toutes sortes d'extravagances, en particulier sur le chapitre de la nourriture. La sottise, effectivement, se porte b1en. Il y a les adeptes du tout cru qui ne veulent plus rien cuire du tout et avalent cru tout ce qu'ils mangent, sans exception. Et bien sûr, d'où cela vient-il? De ce que les gens imbus de science matérialiste ne savent plus ce qu'il en est des choses et quant à la science de l'esprit, ils ne veulent pas en entendre parler. Alors ils inventent quelque chose. Cette fringale de crudité n'est que billevisée. On peut certes, passez-mol l'expression, se fouetter le sang un certain temps, en ne mangeant que des crudités, parce que le corps doit beaucoup se dépenser; mais il s'effondrera d'autant plus vite par la suite.

Et nous voici maintenant arrivés, Messieurs, aux graisses en général. Les plantes, presque toutes les plantes, contiennent des corps gras, de la graisse végétale qu'elles tirent des minéraux. Eh bien, voyez-vous, les graisses, pour leur part, n'entrent pas aussi facilement dans le corps humain que les hydrates de carbone et les sels. A vrai dire, les sels ne subissent aucune transformation. Quand vous salez votre soupe, ce sel que vous y jetez reste sel et ne se transforme quasiment pas en montant jusqu'à la tête. Vous le recevez dans la tête. Mais quand vous mangez des pommes de terre, ce que vous recevez dans votre tête, ce ne sont déjà plus des pommes de terre, mais du sucre; et le processus de transformation se déroule tel que je vous l'ai dit. Tandis que pour les graisses, qu'il s'agisse de graisses animales ou de graisses végétales, les choses ne sont pas aussi simples. Voici comment cela se passe : quand vous consommez des graisses, la salive, le suc gastrique, le suc intestinal, s'en chargent entièrement ou presque et ce qui passe dans le sang est une substance tout à fait différente, et les animaux et les hommes doivent commencer par utiliser l'énergie fournie par les graisses pour élaborer leur propre graisse dans l'intestin et dans le sang

C'est là, voyez-vous, la différence entre les graisses et le sucre ou le sel. Le sel et le sucre, on peut dire que l'homme les trouve encore dans la nature, à cette nuance près que ce sucre est un produit de la transformation qu'il fait subir à la pomme de terre, au seigle etc. Il lui reste quelque chose de la nature. Les graisses que l'homme ou l'animal a en lui n'ont plus rien de naturel ; il les a lui-même formées en lui. Mais il n'aurait pas de force s'il ne se nourrissait pas, et l'intestin et la préparation du sang demandent des graisses. On peut donc dire : l'homme serait incapable par lui-même de former des sels. Le corps humain, s'il ne recevait des sels de l'extérieur, ne pourrait jamais par lui-même en élaborer. Si l'homme n'absorbait pas d'hydrates de carbone, s'il ne mangeait pas de pain ou de ces denrées où il trouve des hydrates de carbone, il serait incapable d'élaborer du sucre. Et s'il ne pouvait former du sucre, il ne serait jamais qu'un gringalet. Si vous êtes forts, Messieurs, c'est au sucre que vous le devez, c'est grâce à lui que vous êtes forts. Dès l'instant où vous cesseriez d'être emplis de sucre et de miel, vous n'auriez plus de force, vous vous écrouleriez.

Vous voyez, cela se voit jusque sur les peuples : nous avons des peuples qui consomment peu de sucre et peu de substances glucosées également. Ces peuples-là sont faibles sur le plan physique. Nous avons des peuples grands consommateurs de sucre ; ces peuples-là sont forts.

Mais l'homme n'a pas la tâche aussi facile avec les graisses. Si l'homme, comme aussi l'animal, a de la graisse en lui, le mérite n'en revient qu'à lui, à son corps. Il produit lui-même ses graisses. Cela veut dire que les graisses végétales ou animales qu'il prend à l'extérieur, il les anéantit et, en venant à bout des graisses, il développe de la force. Les forces que l'homme développe en mangeant pommes de terre, seigle, froment, il les acquiert par transformation. Celles qu'il développe en consommant des graisses, il les acquiert par annihilation. Lorsque j'anéantis quelque chose de l'extérieur, je me retrouve fatigué et flasque. Et quand j'anéantis au-dedans de moi un beefsteak bien solide, je m'affaiblis; seulement ayant ainsi anéanti le beefsteak bien gras ou ayant anéanti de la graisse végétale, je retrouve la force de produire moi-même ma graisse quand mon corps y est disposé. Vous voyez par là que les lipides agissent dans le corps humain sur un mode totalement différent des hydrates de carbone.

Ceci dit, Messieurs, vous voyez que le corps humain est loin d'être simple et le moins qu'on en puisse dire, c'est que ce que je vous raconte là représente un gros travail ; pour qu'il puisse anéantir ces graisses végétales, il faut que beaucoup de choses se passent dans le corps humain. Mais admettons maintenant que l'homme mange de la verdure, donc la partie feuille de la plante. Voici ce qui se passe : quand on consomme la partie herbacée de la plante, c'est celle-ci qui fournit la graisse végétale. Car d'où vient que la tige soit aussi dure? De ce qu'elle transforme les feuilles de façon à en faire des hydrates de carbone. Mais quand les feuilles restent vertes, plus elles sont vertes, plus elles fournissent de graisse. Ainsi l'homme, quand il mange du pain, dirons-nous, n'y trouve guère de graisse. li trouve davantage de graisse, par exemple, dans le cresson de fontaine - cette petite plante avec de toutes petites feuilles - qu'en mangeant du pain. D'où le besoin qui est apparu de ne pas manger son pain sec, mais avec du beurre, avec un peu de gras ou, comme les paysans, avec du lard, ce qui est un autre genre de graisse et permet de faire d'une pierre deux coups.

Lorsque je mange du pain, ce pain monte jusque dans la tête, du fait que l'élément racine de la plante monte jusque dans la tige, car la tige a les forces de la racine bien qu'elle soit tige et pousse à ciel ouvert. L'important n'est pas que la tige pousse à ciel ouvert, mais qu'elle procède de la racine. Mais la feuille, la feuille verte, ne procède pas de la racine. Sous la Terre, il ne naît pas de feuille verte. Quand le soleil a perdu de sa force, quand l'été se termine et le cède à l'automne la tige peut achever de mûrir. Mais quand arrive, pour la feuille, le moment de la maturité, c'est là qu'elle a le plus besoin des stimulations du soleil; c'est le soleil qui la fait grandir. Donc, nous pouvons dire : la verdure agit surtout sur les poumons et le cœur, tandis que la racine fortifie la tête ; et la pomme de terre, elle aussi, est ainsi faite qu'elle va jusqu'à la tête. Quand nous mangeons de la verdure, qui a surtout de la graisse végétale à nous donner, nous fortifions notre cœur et nos poumons, donc la partie médiane de l'homme, la poitrine. C'est là le mystère de l'alimentation humaine: si je veux agir sur ma tête, je me prépare une nourriture à base de racines ou de tiges ; si je veux agir sur les poumons et sur le cœur, je me fais de la salade etc. Mais comme cette verdure est détruite dans l'intestin et que seules agissent les forces, ce n'est pas la peine de faire tant de cuisine. Aussi consomme-t-on les feuilles en salade. Mais tout ce qui doit agir sur la tête, on ne peut pas le consommer en salade, il faut le cuire. Les aliments cuits agissent surtout dans la tête. Les aliments du type salade agissent surtout sur les poumons, le cœur etc., avec un effet roboratif, donc nutritif, et cet effet, est dû indubitablement aux graisses.

Bon, mais il se trouve, Messieurs, qu'il ne faut pas agir seulement sur la tête et sur l'homme médian, l'homme poitrine, il faut aussi que l'homme ait de quoi édifier les organes de la nutrition eux-mêmes. Il a besoin d'un estomac, d'un intestin, des reins, du foie, il faut donc qu'il ait de quoi édifier ces organes. Et voilà l'intéressant : pour édifier les organes de la nutrition l'aliment qu'il faut à l'homme, c'est précisément la protéine et notamment la protéine des plantes contenue dans la fleur et plus précisément dans le fruit. Si bien que nous pouvons dire : la racine nourrit surtout la tête (cf. dessin) ; ce qui est au milieu de la plante, les feuilles, nourrit surtout la poitrine et ce qui est dans les fruits, l'abdomen.

L'observation de nos champs emblavés nous permet de dire: c'est bien qu'ils soient là, car notre tête s'en nourrira. Quant à la salade que nous plantons et à tout ce que nous mangeons en feuilles, il est inutile de le cuire parce que la digestion peut déjà s'en faire dans les intestins, que seules les forces entrent en jeu, cela nous donne tout ce qui entretient nos organes de la poitrine. Tournons-nous maintenant vers les prunes, les pommes, les fruits qui poussent sur les arbres, là aussi, nous n'avons guère besoin de cuisiner car la cuisson est déjà assurée tout l'été par le Soleil lui-même ! La maturité intérieure du fruit est donc déjà acquise; ce n'est pas la même chose pour les racines et pour ce que le Soleil ne fait pas mûrir, mais qui se dessèche, comme les tiges par exemple. Les fruits n'ont besoin d'être cuits que si nous sommes de faible constitution et que notre intestin ne parvient pas à les assimiler ; il faut alors faire des compotes, etc. Quand on souffre de l'intestin, et dans ce cas seulement, il faut s'attacher à consommer les fruits en marmelade, en compote etc. Mais quand on a un système digestif en parfait état, les fruits sont là précisément pour structurer le ventre et ceci en vertu des protéines qu'ils contiennent. Les protéines des fruits vous structurent l'estomac, stmcturent tout ce que l'homme a dans l'abdomen comme organes de nutrition proprement dits.

C'est quelque chose cet instinct qui a toujours guidé les hommes ! Ce que je viens de vous expliquer là, ils n'avaient bien entendu pas de concepts pour s'en saisir, mais ils avaient une connaissance instinctive. C'est bien pourquoi ils ont toujours pratiqué une alimentation mixte, racines, feuilles et fruits tout ensemble, mangeant de tout et tombant de même instinctivement sur les quantités dont ils avaient besoin.

Mais vous savez aussi que les hommes n'ont pas une nourriture uniquement végétale, ils consomment aussi la chair d'animaux, leur graisse, etc.

Notez bien, nulle part l'anthroposophie ne veut être fanatique ou sectaire, elle veut dire les choses telles qu'elles sont. On ne peut pas dire: l'homme ne doit manger que des végétaux, ou il doit aussi manger de la viande et ainsi de suite. Mais ce qu'il faut dire, c'est qu'il y a des hommes, reconnaissons-le, auxquels les forces qu'ils ont en eux par hérédité ne permettent pas de trouver assez d'énergie pour exécuter tout le travail nécessaire à réduire à néant les graisses végétales et à susciter dans le corps des forces nouvelles qui produiront elles-mêmes leurs graisses. Oui, Messieurs, voyez-vous, quand un homme ne consomme que des graisses végétales, de deux choses l'une : ou bien il faut qu'il renonce à devenir un solide gaillard, parce que la graisse végétale est réduite à rien et que de son anéantissement naissent des forces, ou bien il faut qu'il ait une digestion à toute épreuve pour qu'il n'ait pas de mal à anéantir les graisses végétales; à ce moment-là, il reçoit des forces pour produire lui-même de la graisse. Mais les hommes sont ainsi faits que pour la plupart ils sont parfaitement incapables de mener la chose à bien, de produire eux-mêmes de la graisse en quantité suffisante quand ils n'anéantissent que de la graisse végétale. Mais quand les hommes mangent de la graisse animale ou de la viande, tout n'est pas anéanti. La graisse végétale ne dépasse pas le stade des intestins, elle est tout entière détruite dans l'intestin ; mais la graisse contenue dans la viande repasse ensuite dans l'homme, qui peut devenir plus faible, plus faible que s'il se nourrit uniquement de graisses végétales. Partant de là, nous allons distinguer entre les corps qui n'aiment pas le gras, qui ne mangent pas volontiers du lard, qui n'ont pas envie d'une nourriture particulièrement grasse, ces corps-là sont de ceux qui détruisent les graisses avec une relative facilité et qui, de fait, veulent former eux-mêmes leurs graisses. Ces corps disent : le lard que je porte en moi, je veux le fabriquer moi-même ; je veux avoir mon lard bien à moi. Mais quand quelqu'un accumule sur sa table les aliments gras, il ne dit pas : mon lard, je veux le faire moi-même, au contraire il dit: c'est au monde de me donner mon lard, car la graisse animale passe dans le corps. Il s'agit donc là de faciliter le processus nutritif.

Quand l'enfant suce du sucre, ce n'est pas pour se nourrir. Je veux bien, il y a déjà quelque chose de nutritif à sucer du sucre, mais l'enfant ne fait pas cela pour se nourrir, il le fait parce que c'est sucré. Or on est conscient que c'est sucré lorsqu'on suce du sucre. Mais quand l'homme prend en lui le gras de bœuf, du porc ou d'autres animaux, ma foi, eh bien oui, Messieurs, ce gras passe dans son corps, il en éprouve du plaisir comme l'enfant l'éprouve à sucer du sucre, à un degré moindre sans doute, mais soyez sûrs que l'homme sent qu'il y a là une source de plaisir. Or ce plaisir intérieur, l'homme en a besoin naturellement pour son bien-être intérieur. Voilà pourquoi il aime la viande. On mange de la viande surtout quand le corps aime la viande.

Gardons-nous pourtant du fanatisme. Il existe des gens qui ne peuvent pas vivre sans manger de viande. Il faut donc toujours s'assurer qu'ils peuvent vraiment vivre sans viande. Si quelqu'un peut se passer de viande, il se sent, lorsqu'il passe du régime carné au régime végétarien, plus fort qu'avant. Voyez-vous, c'est justement là qu'est la difficulté: cettains ne supportent absolument pas de vivre sans viande. Mais quand un homme y parvient, il se sent plus fort, une fois devenu végétarien, parce que rien ne l'incite plus à stocker en lui de la graisse venue de l'extérieur et qu'au contraire il n'a plus que celle qu'il fabrique lui-même; c'est cela qui lui donne ce sentiment de force.

Je suis bien placé pour en parler: je sais cela par expérience, moi qui autrement n'aurais jamais pu soutenir les efforts qu'il me faut faire depuis longtemps, qu'il m'a fallu soutenir au cours des vingt-quatre dernières années. Je n'aurais pas pu voyager des nuits entières et donner le lendemain une conférence etc. Car n'est-ce pas, ce qu'il faut se donner soi-même quand on est végétarien, on en est privé quand on fait faire le travail par l'animal d'abord. C'est là un fait. Mais en aucune manière il ne faudrait croire que je prêche pour le végétarisme, parce qu'il faut vraiment, dans tous les cas, faire l'essai pour savoir si tel ou tel, tout compte fait, peut devenir végétarien ou pas; c'est lui que cela concerne.

Voyez-vous, Messieurs, c'est dans le domaine des protéines que la question est d'une importance particulière. On peut aussi transformer les protéines quand on est en mesure de les détruire dans l'intestin telles qu'on les ingère sous leur forme végétale; après quoi on en reçoit les forces. Mais dès que l'intestin s'affaiblit, il n'y a pas d'autre solution que de les prendre au-dehors, c'est-à-dire de consommer des protéines animales, puisque les poules qui nous donnent des œufs sont aussi des animaux. Or, les jugements qu'on porte sur les protéines sont, en vérité, tout à fait faux si l'on ne se place pas du point de vue de la science de l'esprit pour les former.

Lorsque je mange des racines, les sels qu'elles contiennent arrivent jusqu'à ma tête. Lorsque je mange de la salade, les forces - non pas les graisses elles-mêmes, mais les forces que les graisses contenues dans les plantes me donnent - arrivent dans ma poitrine, siège des poumons et du cœur. Lorsque je mange des fruits, ceux-ci livrent leurs protéines, mais au lieu d'arriver jusqu'à la poitrine, elles séjournent dans les intestins. Et quant aux protéines d'origine animale, elles ne se contentent pas d'aller dans l'intestin, elles ravitaillent le corps, parce que les protéines animales se propagent. On pourrait donc dire : lorsque l'homme a un régime alimentaire particulièrement riche en protéines, il ne peut qu'être bien nourri. C'est ce qui a conduit, à l'époque du matérialisme, les gens qui avaient étudié la médecine à conseiller au monde une nourriture exagérément protéinée; on a cru fermement que 120 à 150 g de protéines étaient nécessaires. Absurde! On sait aujourd'hui qu'un quart de cette quantité suffit à l'homme. Et en ingérant des protéines à dose aussi massive, ce qui ne sert à rien, on en arrive à des situations comme celle d'un professeur avec son assistant : ayant affaire à un homme sous-alimenté, ils voulurent le retaper avec des protéines. On partait du principe que les protéines, surtout en forte quantité, se transforment dans le corps et que l'examen des urines montre qu'on en a mangé. Mais chez la personne en question, ils s'aperçurent que l'urine ne révélait pas de transformation dans le corps. Ils ne s'aperçurent pas que les protéines étaient éliminées par l'intestin. Le professeur se mit fort en colère. Et l'assistant de dire, la gorge nouée, les jambes flageolantes : « Euh, Monsieur le Professeur, par l'intestin, peut-être? » Que s'était-il donc passé ? Ces médecins ont gavé leur sujet de protéines, mais celui-ci n'en a tiré aucun profit, car les protéines sont passées de l'estomac dans l'intestin pour ressortir ensuite. Autrement dit, elles n'ont pas passé dans le corps. Quand on administre trop de protéines, au lieu de passer dans le corps, elles passent dans les excréments. Et pourtant, il en reste quelque chose, au corps, car avant de ressortir elles stagnent dans l'intestin, deviennent poison et intoxiquent le corps tout entier, empoisonnent le corps ! Voilà ce qu'il en coûte de manger trop de protéines. Et c'est cet empoisonnement qui, dans de très nombreux cas, sclérose les artères et chez tant de gens provoque prématurément l'artériosclérose; s'ils en souffrent, c'est qu'ils sont suralimentés en protéines.

Il importe donc sans aucun doute, comme je viens de l'expliquer, de se pencher sur le problème de l'alimentation. Car honnêtement, la plupart des gens sont très souvent d'avis que plus on mange, mieux on est nourri. Ce n'est pas exact, on est au contraire souvent beaucoup mieux nourri en mangeant moins, parce qu'on ne s'empoisonne pas.

Tout est là : il faut savoir comment agit chacune des substances. Il faut savoir que les sels agissent surtout sur la tête, que les hydrates de carbone tels que nous les trouvons dans nos aliments de base, pain et pommes de terre, agissent davantage sur le système poumons et sur le système gorge - poumons, gorge, palais etc., que les graisses agissent surtout sur le cœur et les vaisseaux sanguins, artères et veines, et que les protéines agissent de préférence sur les organes inférieurs. Il n'y a pas d'action particulière des protéines sur la tête. Les protéines que nous avons dans la tête - il faut bien que la tête soit aussi constituée de protéines puisqu'elle est faite de substance vivante - ces protéines, il faut que l'homme se les façonne aussi lui-même. Par conséquent, quand on le suralimente, il ne faudrait pas croire que son cerveau en devienne particulièrement sain, au contraire, on empoisonne le cerveau.

Il faudra peut-être encore une séance pour parler de l'alimentation. Je ne peux que m'en réjouir, tant ces questions sont riches et porteuses de fruits. Alors, à samedi prochain, neuf heures.

Conférence donnée par Rudolf Steiner
le 2 août 1924 à Dornach, Suisse

Je voudrais aujourd'hui ajouter encore quelque chose à ce qui a pu être dit jeudi dernier en réponse à la question de Monsieur Burle. J'ai expliqué à cette occasion que quatre choses sont nécessaires à l'alimentation de chacun: les sels, puis les hydrates de carbone, qu'on trouve dans les pommes de terre, mais qu'on trouve aussi tout particulièrement dans les céréales de nos champs et dans les légumineuses. Et puis, ai-je dit, l'homme a en plus besoin de graisses et de protéines. Mais je vous ai expliqué que l'alimentation diffère du tout au tout selon que l'homme consomme par exemple des protéines ou bien, disons, du sel. Le sel que l'homme prend dans son corps monte jusqu'à la tête sans cesser d'être sel, sans se transformer à proprement parler, sinon en se dissolvant. Mais il garde ses vertus de sel jusque dans la tête humaine où il pénètre. En revanche, l'albumine, c'est à dire ce que nous avons dans l'œuf de poule commun, ainsi que dans les plantes, cette albumine se trouve aussitôt anéantie dans le corps humain, dans l'estomac et l'intestin déjà, elle ne reste pas albumine. Mais maintenant l'homme a utilisé sa force à anéantir cette albumine, ce qui lui permet, l'ayant anéantie, de recevoir la force d'en produire à nouveau; ainsi se fabrique-t-il lui-même son albumine. Mais il ne la fabriquerait pas s'il ne commençait pas par détruire l'autre albumine.

Représentez-vous un peu, Messieurs, ce qu'il en est de l'albumine. Mettez-vous un peu à la place d'un homme raisonnable, assez intelligent pour se croire capable de fabriquer une montre ; mais tout ce que vous avez vu d'elle, c'est son aspect extérieur, dans ces conditions, vous ne pourrez pas de sitôt en fabriquer une. Mais si vous vous hasardez à démonter entièrement la montre, à en séparer les éléments un à un, et qu'en cours de route vous faites bien attention à la façon dont toutes les parties étaient assemblées, vous apprenez alors ce qu'il faut faire pour la remonter. C'est ce que fait le corps humain avec l'albumine, il la décompose entièrement. L'albumine se compose en effet de carbone, d'azote, d'oxygène, d'hydrogène et de soufre ; tels sont les principaux composants de l'albumine. Voilà donc l'albumine totalement décomposée ; et quand elle arrive dans l'intestin, ce n'est plus de l'albumine que l'homme a en lui mais du carbone, de l'azote, de l'oxygène, de l'hydrogène et du soufre. Voyez-vous, l'homme a maintenant décomposé l'albumine comme on décompose une montre. Certes, direz-vous, mais quand on arrive à démonter une montre, on peut assurément en prendre bonne note afin de fabriquer d'autres montres; donc, on peut se contenter de manger une fois de l'albumine et être capable d'en fabriquer toujours de la nouvelle par la suite. Mais ce n'est pas vrai, parce que l'homme, être complet, a une mémoire; mais le corps en tant que tel n'a pas de mémoire mais il se sert de ses forces pour construire. En d'autres termes, il nous faut toujours consommer de l'albumine pour pouvoir en produire

Or l'homme est ainsi fait que c'est pour lui une tâche très compliquée de se fabriquer lui-même son albumine. En effet, il commence par décomposer l'albumine qu'il mange; de ce fait, tout son corps se fait réceptacle pour le carbone. Mais, comme vous le savez, nous tirons par ailleurs l'oxygène de l'air que nous respirons. Cet oxygène s'unit au carbone que nous avons en nous. Le carbone nous le trouvons dans l'albumine ainsi que dans d'autres aliments. Ensuite nous rejetons dans un premier temps du carbone avec le gaz carbonique que nous expirons. Mais nous en gardons une partie. Maintenant nous avons dans notre corps du carbone et de l'oxygène; de sorte que nous ne conservons pas l'oxygène que nous avons absorbé avec l'albumine, mais que nous combinons avec le carbone l'oxygène que nous avons inspiré. C'est dire que nous n'élaborons pas notre albumine, comme les matérialistes se le représentent ; pour eux, comme nous mangeons beaucoup d'œufs, tout cela se répand dans tout le corps, s'étend à l'ensemble du corps. Cela n'est pas vrai. L'organisation de notre corps nous préserve heureusement, lorsque nous consommons de l'œuf, de tous devenir des poules fofolles ! N'est-ce pas nous ne devenons pas tous fou-fous, parce que déjà dans l'intestin nous anéantissons l'albumine. Au lieu de l'oxygène que l'albumine a contenu, nous respirons l'oxygène de l'air. En même temps que l'oxygène, nous inspirons également de l'azote, car l'air en contient toujours. Pas plus que l'oxygène, nous n'utilisons l'azote que nous consommons avec l'œuf, mais cette fois encore l'azote que nous inspirons avec l'air. Quant à l'hydrogène que nous consommons avec l'œuf, il est bien certain que nous ne l'utilisons pas. Ce que nous utilisons c'est l'hydrogène que nous recevons par le nez et par les oreilles en un mot par les sens; voilà comment nous fabriquons nous-mêmes notre albumine. Et le soufre, nous en recevons continuellement grâce à l'air. De l'albumine que nous consommons, il ne nous reste en tout et pour tout que le carbone. Pour le reste, nous utilisons ce que nous donne l'air.

Ainsi, vos voyez comment les choses se passent pour l'albumine. Et pour les graisses, elles se passent d'une manière tout à fait analogue. Nous fabriquons nous-mêmes notre albumine. De celle que nous absorbons nous ne prenons que le carbone. Et notre graisse, nous la fabriquons aussi. Pour cela nous n'utilisons également qu'une très faible partie de l'azote que nous absorbons en nous alimentant. Le fait est donc que nous produisons albumine et graisse par nos propres moyens. Seul ce que nous trouvons dans les pommes de terre, les légumineuses, les céréales, passe dans le corps et encore, pour ce qui est des pommes de terre et des céréales, pas complètement, aimerait-on dire, seulement jusqu'aux parties inférieures de la tête. Les substances que nous trouvons dans les sels passent, elles, dans la tête tout entière et ce sont elles qui par la suite nous permettent d'élaborer ce dont nous avons besoin pour notre squelette.

Voyez-vous, Messieurs, les choses étant ce qu'elles sont, il nous faut veiller à donner à notre corps des protéines végétales saines. Les protéines végétales saines, voilà ce qui profite considérablement à notre corps. Quand nous nous nourrissons d'œufs, nous encourageons notre corps à une relative paresse, il a toutes les chances de devenir paresseux et fainéant; il n'a pas de mal à détruire cet aliment parce que celui-ci se détruit facilement. Les protéines végétales, je veux dire celles que nous trouvons dans les fruits - c'est dans les plantes qu'elles se trouvent principalement, comme je vous l'ai dit avant-hier sont pour nous un aliment d'une valeur tout à fait particulière. Aussi est-il vraiment nécessaire, pour rester en bonne santé, d'ajouter à son régime des fruits, cuits ou crus. Il faut manger des fruits. L'homme qui ne mange jamais de fruits voit littéralement ses fonctions digestives sombrer petit a petit dans l'apathie.

Mais voyez-vous, il y a aussi un autre aspect à ne pas négliger, c'est la nourriture correcte à donner aux plantes elles-mêmes ! Si l'on veut donner aux plantes une nourriture correcte, il faut se souvenir que la plante est un être vivant. Les plantes ne sont pas des minéraux, les plantes sont vivantes. Et quand une plante pousse dans le sol, elle provient de la semence que nous y avons enfouie. Mais la plante ne peut pas prospérer comme il faut si elle n'a pas un sol qui soit lui-même un tant soit peu vivant. Et comment le vivifier ? On vivifie le sol en le fumant comme il faut. Une fumure convenable, c'est donc ce qui nous assure des protéines végétales vraiment correctes

Et à ce propos, voici encore autre chose à ne pas oublier: voyez-vous, les hommes savent depuis très longtemps que le bon fumier est celui qui vient des étables, étables à vaches et autres, le bon fumier est celui qui est produit sur le domaine lui-même. Mais, à l'époque actuelle, où tout est la proie du matérialisme, les gens disent : pourquoi ne pas analyser les substances que contient le fumier et les extraire ensuite du règne minéral ? On a donc de l'engrais minéral.

Et, voyez-vous, Messieurs, quand on se sert d'engrais minéral, c'est exactement comme si on ne mettait que des sels dans le sol : seule la racine se fortifie. Ce qui veut dire que la plante ne nous donne que ce qui va dans la constitution du squelette. Mais elle ne nous donne pas de bonnes protéines. C'est pourquoi les plantes, nos céréales, souffrent toutes depuis quelque temps d'une carence en protéines. Et celle-ci ne fera que s'accentuer si on ne revient pas à une fumure normale.

Voyez-vous, les agriculteurs ont bien tenu des réunions où ils ont dit, sans savoir évidemment quelles en étaient les raisons : nos céréales sont de moins en moins de bonne qualité. Et pour cause. Le vieillard aujourd'hui sait bien qu'au temps où il n'était encore qu'un jeune homme, tout ce qui venait des champs était meilleur, vraiment meilleur. C'est qu'il n'est pas pensable de reconstituer purement et simplement l'engrais à partir des substances qui composent la bouse de vache, il faut voir les choses en face: c'est parce que le fumier de vache ne sort pas du laboratoire où travaille le chimiste, mais du laboratoire infiniment plus savant qui est à l'intérieur de la vache - ce laboratoire-là en sait cent fois plus - c'est pour cela que l'engrais de vache reste malgré tout ce qui, non content de fortifier les racines, agit jusque dans les fruits et de ce fait produit dans les plantes des protéines aptes à fortifier l'homme.

Si l'on fumait toujours avec de l'engrais minéral, comme on aime à le faire ces temps-ci, voire avec de l'azote extrait de l'air, eh bien! Messieurs, vous ne tarderiez pas à voir vos enfants, et plus encore les enfants de vos enfants une mine toute pâle. Vous ne pourriez plus distinguer le visage des mains pour peu que celles-ci soient blanches. Car une fumure appropriée dans les champs est la condition pour que l'homme puisse avoir le teint vif, signe de bonne santé.

Vous aurez compris qu'en parlant d'alimentation il faut en tout état de cause faire intervenir la façon dont les aliments sont produits. C'est d'une très grande importance. Les exemples ne manquent pas de la nécessité où se trouve le corps humain de réclamer lui-même ce dont il a besoin. Prenez le cas d'un prisonnier condamné à purger une longue peine - en prison la nourriture est d'habitude trop pauvre en corps gras - il lui viendra une envie dévorante de gras; et lorsque d'aventure un peu de suif tombe sur le sol, d'une chandelle qu'apporte le geôlier en entrant dans la cellule, notre prisonnier se baisse aussitôt et lèche cette graisse, tant le corps ressent terriblement le besoin de manger quelque chose qui lui est nécessaire et qui lui manque cruellement. Cela ne se produit pas lorsqu'on peut, chaque jour que le bon Dieu fait, manger correctement. Dans ce cas, on n'en arrive jamais là, parce que le corps ne manque pas du nécessaire. Mais, lorsque, des semaines durant, le corps est constamment en situation de manque, il lui vient une faim inextinguible de ce qu'il n'a pas. Voilà ce qu'il est indispensable d'ajouter à nos remarques.

En outre, je vous ai déjà dit qu'à la question de la fumure s'en rattachent encore beaucoup d'autres. Voyez-vous, nos prédécesseurs en Europe, ceux des 12e, 13e siècles ou même d'avant, étaient différents de nous par bien des aspects. On n'y fait d'habitude pas du tout attention ! Et entre autres différences ils n'avaient pas de pommes de terre à manger. Les pommes de terre n'ont été introduites que plus tard. Mais la consommation de pommes de terre a une incidence importante sur les hommes. Car, quand on mange des céréales, les poumons et le cœur s'en trouvent particulièrement fortifiés. Les céréales donnent de la force aux poumons et au cœur. L'homme qui a une bonne cage thoracique est en bonne santé, il se porte bien. Il est moins acharné à ne penser qu'à respirer ; il peut aussi respirer dans de moins bonnes conditions. Et là, autant vous le dire tout de suite il ne faut pas vous imaginer que l'homme fort des poumons est celui qui ne peut vivre sans ouvrir les fenêtres et qui est sans cesse à crier : oh, de l'air frais! L'homme fort des poumons, c'est celui dont en fin de compte la constitution est assez forte pour supporter n'importe quel air. Cela revient à dire qu' est endurci. non pas celui qui ne supporte rien: mais celui qui est capable de supporter quelque chose.

De nos jours, on parle beaucoup d'endurcir. Voyez plutôt comme on endurcit les enfants comme on habille les enfants à l'heure qu'il est, dans les familles riches en l'occurrence, mais les autres ne seront pas longues à faire pareil : alors que nous, dans notre jeunesse, nous portions des bas et que nous avions les jambes entièrement couvertes, tout au plus marchait-on pieds nus; aujourd'hui les vêtements ne vont que jusqu'aux genoux, et encore parfois pas tout à fait. Si les gens savaient que c'est ainsi qu'on risque le plus de provoquer plus tard des appendicites ils y réfléchiraient à deux fois ! Mais la mode a de telles exigences qu'on n'y pense même pas. Les enfants sont maintenant court vêtus au point que leurs habits ne leur descendent que jusqu'aux genoux, ou même pas, et vous verrez qu'ils finiront par ne plus couvrir que le ventre : ce sera encore une nouvelle mode. La mode est toute puissante en ce domaine.

Mais la clé de tout cela, c'est justement ce que les gens ne voient pas. Tout repose en effet sur les moyens que se donne l'homme, dans son organisme tout entier de transformer réellement en lui tous les aliments qu'il consomme. Je veux dire par là qu'il importe au plus haut point de savoir que la force vient à l'homme s'il transforme correctement ce qu il absorbe. Et il ne s'endurcit pas parce qu'on ne fait pas avec les enfants ce que je vous ai dit. Ces enfants-là sont si bien endurcis que plus tard, regardez un peu autour de vous, quand ils doivent passer quelque part en pleine chaleur, ils transpirent à grosses gouttes et n'en peuvent plus. N'est pas endurci celui qui en arrive à ne rien supporter, est endurci, au contraire celui qui est capable de supporter n'importe quoi. Et on comprend pourquoi on avait guère besoin d'endurcir les gens autrefois; c'est qu'ils avaient des poumons sains, un cœur sain.

Puis vint alors la pomme de terre. La pomme de terre n'apporte pas grand-chose au cœur et aux poumons, la pomme de terre monte dans la tête - du moins, comme je vous l'ai dit, dans la partie basse de la tête, pas dans sa partie haute - mais elle va dans la partie où l'on exerce surtout son jugement critique, où l'on pense. C'est pourquoi, voyez-vous, il y avait moins de journalistes autrefois. On ne connaissait pas encore l'art d'imprimer, bien sûr. Songez donc à ce qui se pense chaque jour dans le monde pour faire les seuls journaux ! Oui, toute cette somme de pensée, au demeurant parfaitement inutile, il y en a beaucoup trop, nous la devons à ces pommes de terre qui nous alimentent ! Car l'homme qui mange des pommes de terre se sent constamment provoqué à penser. Il ne sait rien faire d'autre que penser. Ses poumons et son cœur se sont affaiblis et la tuberculose, la tuberculose pulmonaire, n'a commencé à prendre de l'extension qu'avec l'apparition de la pomme de terre ! Et les gens les plus faibles sont ceux qui vivent dans des régions où on ne cultive presque plus rien que des pommes de terre et où les gens vivent de pommes de terre.

La science de l'esprit, je vous l'ai dit souvent, offre justement l'occasion de se documenter sur ce domaine concret. La science matérialiste ne sait rien de l'alimentation, ne sait pas ce qui est sain pour l'homme. C'est bien le propre du matérialisme de ne faire que penser, penser encore et toujours, et de ne rien savoir. Tout le problème est là : quand on veut être bien dans la vie, il faut impérativement savoir ce qu'il en est. Voyez-vous, ce sont là ces choses que je voulais vous dire au sujet de l'alimentation

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